Élection de la photo de l’année : qui l’eût cru ?

Wow..! c’est souvent l’effet escompté au regard de la photo du jour sur pinkbike.com. Cette fois-ci, le frisson est décuplé. Le dernier round de l’élection  » publique  » de la photo de l’année 2012 bat son plein sur le site nord-américain. Les deux clichés finalistes sont, comme d’habitude, bien composés : règles des 3/3, lumière et traitement des couleurs subliment une action qui donne envie de rider. L’excitation retombée, je m’apprête à voter. Peut-être n’aurais-je pas dû laisser filer les premières impressions. Le doute m’envahit…

 

Face à l’écran de vote, le constat monte dans mon esprit : tout s’oppose ! L’un seul au fond des bois, un jour humide et mystérieux, dans l’anonymat et la simplicité d’une pure action technique. L’autre au milieu de la foule en délire, sous le soleil de plomb du mois d’aout, à l’apogée d’un whip porté par la liesse. Au-delà des apparences, le sens de chaque photo prend corps au regard de chaque détail. L’un sobre de toute marque. L’autre bardé de logos. L’un seul face à la nature à peine aménagée, l’autre au cœur d’une foule qui foule un terrain aseptisé. D’un point de vue idéologique comme d’un point de vue marketing, tout s’oppose. L’un vante une pratique proche de la nature, quitte à paraitre dans l’anonymat de la solitude du fond des bois. L’autre vante une communauté toujours plus fervente et développée, quitte à renier certaines de ses valeurs « éco-responsables ». Quelle issue choisir ? L’une dans l’autre, les deux semblent revêtir un aspect dramatique que la beauté des images dissimule si bien ?!

 

Aïe ! Je clique à gauche ? Je clique à droite ? Après la mascarade du printemps dernier, je pensais en avoir fini avec les choix cornéliens. Que nenni ! Mes yeux n’en finissent plus de balayer l’écran. Mes neurones se bousculent… Comment choisir après un tel constat ? Tous les critères semblent aussi futiles qu’ils mènent à l’égalité parfaite. Pour la beauté du geste ? Pour la ferveur suscitée ? Pour l’endroit ? Pour la performance du photographe ? Chacun à ses meilleurs arguments à faire valoir. Face à un tel paradigme, je ne trouve pas de solution cartésienne ou sentimentale. C’est donc dans un caractère social que je finis par m’exprimer. À bien y regarder, je commence à penser secrètement que la première photo ne pèsera finalement pas bien lourd face à la seconde. J’en viens à penser que l’anonymat aura bien du mal à faire valoir son poids face aux sirènes du marketing. Pauvre de moi, je me construis un petit poucet, pour mieux le soutenir. Je vote !

Les jours passent… la vie suit son cours… La politique reste la même que tu votes contre ou pour… Puis, de bon matin, la nouvelle tombe. En home du site, le résultat est bien gardé, et les trois petits points du titre sont aussi long qu’un jour sans… Les secondes de chargement de la page font monter le palpitant. Si je me suis fait une raison, l’enjeu reste de taille. Envisager le pire pour jouir du meilleur est une habitude chez moi. Me serais-je une nouvelle fois agréablement fourvoyé ? Dans un déroulement progressif qui n’est pas sans rappeler celui d’un visage qui a fait lever les bras en 81 le 10 mai, le résultat tombe. La photo gagnante est sous mes yeux. Qui l’eût cru ? Le petit poucet peut ramasser ses cailloux et retourner rider !

 

> L’ampleur du phénomène, inversement proportionnelle à celle du communiqué, est à mesurer dans les quelques mots de Karl Burkat sur pinkbike.com



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