Specialized Stumpy Evo – à la croisée des mondes

L’épicurien Jean-Anthelme Brillat-Savarin a eu un jour ces mots célèbres « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es ». En perpétuelle quête de bien-être et de plaisir dès lors que je prends place sur un vélo, j’ai naturellement eu envie de répondre à l’adaptation « dis-moi sur quoi tu roules, je te dirai qui tu es ».

À ce sujet, je peux me réjouir d’être si bien servi. J’ai trouvé dans le châssis du Specialized Stumpjumper FSR Expert Evo Carbon une ossature saine et pertinente. Ses bases courtes m’aident à virer de bord dans un mouchoir de poche : un régal pour planter des appuis furtifs et « carver » comme jamais. Son boitier bas influence ma position au point de porter naturellement le regard loin devant et faire usage de mes jambes face à l’obstacle sans crainte d’être désarçonné. La combinaison de ces deux paramètres crée un caractère joueur, apte à décoller de l’avant face au moindre obstacle et prendre la voie des airs à la moindre sollicitation.

 

 

Vous l’aurez compris, j’ai un gout prononcé pour le pilotage. Un sens aigu même pour ce qui est de jouer de sa monture. J’ai donc une attention particulière pour les suspensions et l’assiette du vélo que je veille à garantir en toutes conditions. Dôté de 150mm de débattement à l’arrière, le Stumpy est à la croisée des mondes : ni trop pour pédaler grâce au ProPedal, ni pas assez pour engager, malgré une linéarité que je corrige au fur et à mesure. À l’avant, j’alterne entre les châssis de Revelation World Cup et de Lyric, tous deux en axe de 20mm. Le premier est modifié pour passer à 160mm de débattement, le second pour en offrir 155mm. Au final, les deux offrent la même hauteur de fourche qui me garantit de ne pas « péter » la géométrie au moindre changement. Tous deux ont subi une modification du ressort pneumatique pour offrir la même progressivité. Seuls la rigidité des châssis et le comportement de l’hydraulique varient donc suivant mes gouts et mes humeurs. La plupart du temps, la Revelation offre le meilleur compromis. Mais lorsqu’il s’agit de manger de la pente, mettre gaaaaz et faire parler la poudre, la Lyric prend le relais.

 

 

Pour prendre position sur ce fidèle destrier, je n’allais pas renier mes gouts. Comment désormais se passer d’un cintre large et d’une potence courte ? Depuis la démonstration Sam Hill au milieu des années 2000, comment peut-on encore l’ignorer ? L’un garant d’une stabilité de la direction quand l’autre préserve la précision et la réactivité face au terrain. L’ensemble Sunline V-One All-Mountain, 19x745mm et 50mm y répond parfaitement dans la sobriété et la légèreté. Pour l’assise, j’ai succombé à la tige de selle télescopique que j’avais longtemps évitée jusqu’au jour où… après l’avoir essayée, j’en cherchais le levier sur mon cintre une fois démontée ! La Specialized Command Post, sous ses airs de catapulte, offre un comportement fiable, précis et ergonomique. Son levier complète idéalement le grip gauche de mon cintre et participe à sa sobriété…

 

Car c’est bien là une obsession pour moi : se passer de l’inutile, ne laisser place qu’à l’essentiel pour se faire plaisir. Dans ce registre, le shifter gauche, le dérailleur avant et plusieurs plateaux avaient tendance à m’agacer : trop de leviers, trop de possibilités, trop de probabilités de casser et/ou dérailler… à quoi bon ? Avant même l’apparition du XX1, j’ai mis Excel à profit, et le résultat m’a donné raison.

 

Un double plateau 24/36 dents et une cassette 11/36 10v offrent 13 vrais rapports (les autres sont des chevauchements d’un plateau à l’autre). Dans le même temps, un montage en mono-plateau et une cassette 10 vitesses offrent 10 vrais rapports, soit seulement 3 manquants. Avec un plateau de 33 dents, seuls les deux plus faciles (pour grimper aux arbres) et le plus gros (pour travailler la pointe de vitesse) manquent à l’appel.


Après plusieurs essais sur le terrain, il ne m’a pas fallu longtemps pour me rendre compte que certains éléments n’allaient pas me manquer : gain de plus de 300g (shifter+dérailleur+gaine+plateaux-antiD), plus de déraillement, plus à se soucier du changement de plateau toujours long et fastidieux. Sur les tracés les plus rapides et sur terrains à fort pourcentage, on pourra se plaindre d’être souvent en bas de cassette avec une chaine moins tendue. Qu’à cela ne tienne, j’aime « mécaniquer » et optimiser ma monture : le 36 dents prend le relais quand il le faut.

 

Au rayon de l’optimisation, comme tout bon enduriste, j’ai pris gout au jeu de la monte pneumatique même si mes choix en font parfois tiquer plus d’un. À ce petit jeu-là, j’ai tout de même mes préférences, notamment à l’avant :

> le Butcher SX 2.3 m’offre une carcasse pleine de gomme tendre pour un poids raisonnable. Ces caractéristiques en font l’un des tous meilleurs pneus que j’ai eu l’occasion de monter pour chercher du grip, du confort et de la résistance. Seules des conditions humides ou très poussiéreuses peuvent me faire changer pour un Maxxis Medusa retaillé dont les crampons flottent moins et plongent au combat pour trouver du grip.

> à l’arrière, j’aurais tendance à chercher un pneu roulant type Larsen Downhill ou Ground Control Grid. Le terrain très compact et souvent sec sur lequel je roule m’y pousse. Mais dès que l’humidité fait son apparition, le Purgatory Grid 2.3 prend place et passe l’hiver.

 

 

Avec une telle monte de pneu, vous l’aurez deviné, je suis un adepte du pilotage « l’avant contrôle la vitesse, l’arrière place le vélo ». Pas étonnant donc de retrouver un disque en 203mm à l’avant, et un disque de 180mm à l’arrière. Entre simplicité et pertinence, les Formula RX servent leur mission sans faille. J’en connais les moindres secrets depuis un essai comparatif d’un grand nombre de plaquettes qui leur sont consacrées. J’alterne donc entre les modèles organiques et frittés de plusieurs marques phares suivant mes besoins…

 

 

Multiples ! En effet, de l’école VTT du samedi à la Tribe 10 000 ou de la rando All-Mountain du dimanche à la journée en station, le Stumpy assure en toutes circonstances. La plupart du temps, il m’accompagne dans les virées Enduro au Pays de Forcalquier : plusieurs liaisons de 300 à 400m de dénivelé pour plusieurs spéciales de tout autant. Les unes sinueuses et rythmées, les autres rapides et aériennes. Durant les 2 à 3h de sortie, je ne manque pas une occasion de relever un défi sur la durée, ou bien une opportunité d’exploiter mon bagage technique. Plus que jamais, je savoure l’occasion de survoler le terrain et y exploiter la moindre trajectoire. Pour ce terrain de jeu qui s’échelonne de 1800m à 500m d’altitude offrant une rare diversité de sols et paysages, je n’ai jamais eu aussi bon outil. Comme le Pays de Forcalquier, entre Alpes, Provence et Luberon, le Stumpjumper est à la croisée des mondes et sait sauter de l’un à l’autre…



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